• Axes de recherche

Axes de recherche

Parce qu’elle est un art au carrefour de plusieurs sciences, tant biomédicales que sociales, s’inscrivant dans l’histoire et la société, la médecine requiert par nature des recherches pluridisciplinaires. Les évolutions médicales contemporaines rendent indispensable et urgente une nouvelle alliance entre médecine et humanités, complémentaire de l’alliance entre médecine et sciences. Les tensions entre art de soigner et science de la vie, recherche de la guérison et promotion de la santé, individu et population, ne sont guère nouvelles et font la spécificité de la médecine, mais sont exacerbées par la transformation des savoirs et des pratiques fondés sur l’épidémiologie et la médecine des preuves, par l’évolution des demandes politiques, des logiques économiques et des besoins sociaux, et enfin par les nouvelles conceptions anthropologiques de la maladie, de la santé et du soin. Afin de saisir les logiques et les normes multiples qui la traversent, la médecine a besoin de collaborer avec l’histoire, les sciences sociales, la philosophie, l’épistémologie, l’éthique mais aussi avec les recherches sur les arts et la littérature, la psychanalyse et le droit.

 

Dans un but de connaissance et d’amélioration des pratiques et des politiques de santé, le programme ne se concentre pas sur « la médecine personnalisée », mais porte, de manière plus large, sur les figures contemporaines de la personne en médecine. Il ambitionne d’étudier la subjectivation contemporaine des malades, de leur entourage et des professionnels de santé, c’est-à-dire les manières dont ces personnes font l’expérience de la maladie et de la médecine, se conçoivent, agissent, construisent leurs identités personnelles et sociales. Le programme avance en particulier l’hypothèse que les modes de subjectivation des patients et de leur entourage ne peuvent être analysés que conjointement aux modes de subjectivation des professionnels de santé, car ils s’influencent réciproquement. Pour saisir les modes de subjectivation des patients et de leur entourage, le programme se focalise sur l’une des caractéristiques anthropologiques contemporaines, constituant un enjeu de société majeur, qui consiste à « vivre la maladie à vie » (dès avant la naissance, à travers l’accès aisé aux informations biologiques et médicales personnelles, à travers la prévention, dans la gestion de la maladie chronique et de l’après traitement, etc.). Pour saisir les modes de subjectivation des professionnels de santé, un axe du programme se consacrera à l’histoire et l’actualité de leur formation – en interrogeant notamment la place et le rôle qu’y jouent, en France et dans le monde, SHS et humanités médicales.

 

Au plan méthodologique, l’alliance médecine/humanités implique de promouvoir tant des recherches en SHS sur la médecine, considérée comme objet, que des recherches collaboratives impliquant conjointement SHS et sciences biomédicales. Il est aussi besoin tant d’analyses globales que d’analyses locales menées au plus près des acteurs et pratiques. La pluridisciplinarité du programme repose sur un parti pris scientifique assumé qui vise à renouveler les analyses épistémologiques et éthiques en médecine, en les mettant au double défi, d’une part, des recherches des sciences sociales, et, d’autre part, de recherches novatrices menées ensemble par des chercheurs en SHS et en médecine.

 

Pourquoi des recherches pluri- et interdisciplinaires sur la personne en médecine ?

Afin de connaître et d’améliorer les pratiques et les politiques de santé, le programme « La Personne en médecine » propose des recherches sur les figures contemporaines de la personne en médecine. Il étudie la subjectivation contemporaine des malades, de leur entourage et des professionnels de santé, c’est-à-dire les manières dont ces personnes font l’expérience de la maladie et de la médecine, se conçoivent, agissent, construisent leurs identités personnelles et sociales.

Il s’agit de comprendre comment la personne malade expérimente la maladie à la fois dans la médecine et dans la société, comment elle s’y construit comme acteur psychique, social, éthique et politique. De la même manière, il s’agit d’étudier les manières dont les professionnels de santé se forment, s’organisent, travaillent et décident ensemble – ce qui éclaire les manières dont la personne malade et son entourage sont conçus, pris en charge et en compte.

La notion de subjectivation permet de décrire de manière dynamique la vie des patients et des professionnels de santé, comme des sujets enserrés dans des relations, des organisations et des institutions. En rompant avec les conceptions de la subjectivité comme pure intériorité psychique ou comme capacité décisionnelle, cette notion permet de penser la subjectivité comme stratégie d’existence et moyen de gouvernance. Elle met donc l’accent sur les manières dont les patients, leur entourage et les professionnels de santé produisent des subjectivités nouvelles en fonction des pratiques et des discours, et en les transformant.